Témoignage_sav01


03/15.Gildas Le Bozec
12/14.Yves Quentel
10/14.Christine Le Fur
12/13.Gislaine Doaré
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SouveNirs, souvenirs
Gildas Le BozecLes éditions Ouest-France nous ont commandé au début des années 2000 un ouvrage sur Pont-Aven et sa région. Le jardin de Michel. N’y ayant personnellement pas vécu mon enfance, je me sentais moins « autorisé » que lui à en parler. Mais la douzaine d’années déjà passées, à l’époque, comme chef de rédaction Ouest-France à Quimperlé, Quimper et Concarneau m’avaient cependant permis d’approcher la réalité de cette partie sud-est, douce et plaisante, de la Cornouaille. Au départ, l’éditeur prévoyait une petite « plaquette », mais après discussion avec l’ami Thersi, cela s’est transformé en un ouvrage plus conséquent.
Nous décidons d’aborder la question chacun de notre côté, sans se concerter. Michel devait apporter au « pot » une douzaine de photos qui lui tenaient à cœur et qui lui semblaient être le miroir de l’âme de ce pays, le sien. Je rédigeais de mon côté une dizaine de petits textes sur ce qui me paraissait être le plus emblématique de ce territoire. C’était le principe de départ moteur du projet. Il fallait à la fois être sélectif pour se concentrer sur ce qui semblait à chacun être l’essentiel. Au bout de quelques semaines, on s’est retrouvés rue du Demi-quart pour s’échanger notre première sélection.
Il était emballé par cette façon de travailler où il n’était pas « illustrateur » d’un texte, mais co-concepteur d’une aventure commune.
Je me mis à travailler d’autres textes, que m’inspiraient ses photos sensibles. Et de son côté, il se mit en chasse d’images pour mes écrits. Un ou deux mois plus tard, on s’est retrouvés au restau pour comparer nos apports respectifs, avant de revenir dans son atelier confronter nos façons de ressentir ce coin de Bretagne et de discuter longuement de l’esprit particulier qui en faisait le charme.
On avait par ailleurs poursuivi notre quête indépendamment, chacun de notre côté. Lui avec une nouvelle série de tirages et moi avec d’autres textes. Certains « mariages » semblaient déjà possibles, entre mots et photos. D’autres restaient à construire.
Je crois me souvenir qu’on a poursuivi encore une fois le principe des apports « à l’aveugle » (si j’ose dire, s’agissant d’un photographe), mais les sujets commençaient à se rapprocher étrangement, preuve qu’on avait cerné l’essentiel, l’essence. On a donc terminé en travaillant, toujours dans son antre, de façon plus « classique ».
Du plaisir on a eu.
En particulier lors de quelques prises de vues mémorables.
Parmi les choses qui m’ont surpris et marqué dans cette longue entreprise : sa mémoire – il gérait de tête son impressionnant stock qui me semblait un joyeux bordel, filant prendre dans tel tiroir une boîte d’ektachromes qui me semblait ressembler aux autres et où, bingo !, se trouvait comme par hasard l’image que justement on cherchait. Et une seconde chose révélatrice de sa conception de son métier : alors qu’il avait le sujet déjà trente-six fois en magasin, et qu’il aurait pu s’en contenter, il partait faire une énième prise de vue sur place. A la fois plaisir de battre la campagne et exigence perfectionniste.
Je regretterai toujours qu’on n’ait pas achevé ensemble une commande des éditions Le Chêne sur la Rivière. Pour mener le projet à bien, Michel avait accumulé des centaines de négas sur le sujet et j’ai toujours un paquet de notes dans l’armoire, rédigées en prévision de ce travail. Là encore, chacun devait d’abord travailler de son côté avant de confronter nos productions et de les faire confluer. Il est vrai que l’entreprise a connu un moment de flottement : Bernard Rio et Jean-Louis Le Moigne ont, dans le temps où nous creusions nous-mêmes la question, sorti Rivières de Bretagne chez Palentines un très beau livre sur le même sujet, ce qui nous obligeait à repenser à la conception du nôtre. Le projet est resté en plan.
Gildas LE BOZEC.